18747650_w434_h_q80En 1924, Douzi, un jeune garçon est déposé par sa mère à l'Académie de l'Opéra de Pékin. Il y fait la connaissance de Shitou et ensemble, ils suivent un long et difficile apprentissage jusqu'à devenir les deux célèbres interprètes de la pièce "Adieu ma concubine".

Ce film est à la fois très dur et très beau; la cruauté de la vie s'y oppose au raffinement de l'opéra. L'histoire s'ouvre sur la mutilation que la mère de Douzi impose à son fils pour entrer dans un monde de souffrances qui va le détruire. Les garçons de l'académie de l'Opéra sous soumis à de constantes brimades et aux mauvais traitements systématiques. La première partie sur l'enfance de Douzi et Shitou est extrêmement difficile mais aussi la plus intéressante parce qu'elle est déterminante. Elle fixe la destinée des deux personnages. La deuxième partie oppose les traditions de l'Opéra à la révolution culturelle liée à la naissance du communisme. La fin du film m'a complètement crispée. Comme pour Agora, c'est insupportable de voir des masses se faire manipuler et par la même occasion lyncher tous ceux qui ne rentrent pas dans le moule.

Ce n'est pas un film parfait pour deux raisons: les ellipses de temps nous perdent un peu dans les méandres de l'histoire chinoise entre 1920 et 1970 et créent quelques incohérences et aussi à cause de l'opéra chinois. Pour nos oreilles occidentales habituées aux ténors de l'Opéra italien ou français, c'est presque une torture; on dirait que les acteurs produisent des ultrasons très désagréables.

Cela dit, les costumes et maquillages de scène sont superbes, les décors bien reconstitués (enfin j'imagine) et les acteurs sont excellents, notamment Leslie Cheung et Gong Li. Le premier est magistral. Son personnage asexué est extrêmement complexe. L'homme en lui a si bien été gommé au profit de la femme qu'il incarne sur scène qu'il n'a plus aucune identité, pour lui la vie réelle est celle qu'il mène à l'Opéra et l'interprétation de Leslie Cheung est parfaite. Gong Li est égale à elle même, magnifique et juste, même avec un personnage égoïste et possessif. Comparé à eux, j'ai trouvé Zhang Fengyi moyen. En plus, son personnage (Shitou) à mesure qu'il grandit, devient de moins en moins sympathique. Il se veut provocateur, mais ce n'est que pour cacher sa lacheté. Lui qui se posait en protecteur de Douzi sera finalement celui qui va précipiter sa fin ainsi que celle de sa femme.

Les 2h45 semblent s'envoler; il n'y a aucune longueur. C'est vraiment un film brillant, une oeuvre majeure du cinéma chinois.

En bonus, parce que je trouve cette photo magnifique, une image de Douzi:

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