albert_nobbs,3Irlande, fin du XIXème siècle. Pour survivre à la terrible crise économique, une femme décide d'endosser le costume d'un homme pour travailler dans des grands hotels en tant que majordome.

En ces temps où la majorité des films qu'on nous impose est inconsistante, il faut se délecter des rares films qui sont savoureux.

Albert Nobbs, c'est avant tout une histoire touchante et troublante d'une femme travestie en homme qui n'a plus de réelle identité. C'est le phénomène inverse d'Adieu ma concubine et Stage Beauty. Elle a été conditionnée à se comporter en homme; elle est un homme dans un corps de femme. Pendant des années, elle a privilégié son travail à sa vie sociale et sentimentale et c'est en faisant la rencontre d'Hubert qu'elle s'ouvre au monde extérieur qu'elle voit presque avec les yeux d'un enfant.

Autour de ce personnage étrange et ambigu gravitent toute une galerie de personnages; de la jeune femme naïve au beau parleur, en passant par le docteur alcoolique et la directrice tyrannique.

Le sujet est traité avec beaucoup d'élégance et de pudeur; et la force du film ce sont des acteurs formidables. Mia Wasikowska apporte une touche de fraîcheur et Aaron Johnson un peu de testostérone. La véritable performance vient de Glenn Close bien sûr, mais aussi de Janet McTeer (je lui donne ma mention spéciale, c'est elle qui m'a le plus impressionnée). Il n'y a pas que le maquillage qui gomme leur féminité; elles ont réussi à adopter une attitude masculine sans tomber dans la caricature. Même en sachant que Glenn Close, c'est Albert Nobbs (et vice versa), quand on voit Albert Nobbs en robe, on se dit que c'est impossible que ce soit une femme.