20271863Anna Karénine mène une vie heureuse à Saint Petersbourg aux côtés de son mari haut fonctionnaire et de son fils lorsqu'elle reçoit une lettre de son frère l'invite à venir à Moscou pour l'aider à sauver son mariage. Là, elle rencontre le comte Vronski dont elle tombe éperdument amoureuse. La passion la consumme et elle ne recule devant aucune audace; pour Vronski elle est prête à abandonner sa famille et son honneur.

Le premier mot qui m'est venu à l'esprit est audacieux. La mise en scène est une mise en abyme savamment étudiée où les personnages jouent à la fois sur une scène de théâtre et dans le théâtre de la vie. La première partie est assez déroutante; le spectateur est pris dans le tourbillon des changements de décor dans le théâtre puis imperceptiblement, les décors réels remplacent le carton et les planches (qui reviennent pour certains passages clefs)... On retrouve la patte de Joe Wright dans l'esthétisme de l'image, des décors et des costumes. C'est grandiose visuellement même s'il reprend certains éléments de la mise en scène de ses autres films. Par exemple, la scène de bal est superbe mais la danse entre Vronski et Anna n'a pas la force de celle entre Darcy et Elizabeth.

Anna Karénine c'est surtout des histoires d'amour et on aurait pu craindre une débauche de violons, de scènes dégoulinantes de sentimentalisme, de pathos à l'extrême... Il n'en est rien, au contraire, chaque histoire est contée avec une sobriété étonnante, quelle qu'elle soit. D'abord, il y a bien sûr celle d'Anna Karénine, jeune et fougueuse femme mariée à un homme rigide mais aimant qui devient folle d'un officier. Ce triangle amoureux est assez touchant grâce aux prestations de Jude Law et Aaron Johnson. Ce dernier apporte de la profondeur à un personnage dont on mettrait volontiers la sincérité en doute si l'on n'avait vu le désespoir qui l'habite au moment où sa mère lui demande de quitter Anna. Très belle scène. Jude Law est encore plus émouvant. Par son caractère trop rigide, il a éloigné de lui Anna et pourtant, il l'aime sincèrement au point d'accepter l'inacceptable, comme la laisser à Vronski ou élever un enfant qui n'est pas le sien. J'ai retrouvé le Jude Law de Bienvenue à Gattaca; celui qui arrive à nous remuer les tripes. La seule fausse note vient de Keira Knightley. D'un côté, sa maigreur qui lui donne l'air malade et son surjeu correspondent tout à fait à l'image de cette femme excessive, voire même un peu folle, qui se jette à corps perdu dans un amour impossible. D'un autre côté, elle manque de prestance et de charisme; elle a le visage figé et exprime la tristesse et la joie exactement de la même façon.

La deuxième love story est celle, plus heureuse, de Kostya et Kitty. Kostya est un garçon attachant, et le passage où il avoue ses sentiments avec des cubes est très beau. Cela apporte une note un peu plus positive à l'histoire, le sort de Kitty est nettement plus enviable que celui d'Anna.

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Cette histoire est une tragédie mais cela ne veut pas dire que l'on n'a pas droit à des moments drôles. Et ô surprise, le rôle comique est attribué à Matthew MacFadyen, alias Stiva Oblonski. L'autre élément comique, involontaire celui-là, c'est la galerie de moustaches made in Russia arborées par les acteurs qui sont presque toutes ridicules, en voici d'ailleurs quelques exemples:

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Je n'ai vu aucune autre version de l'adaptation d'Anna Karénine donc je n'ai aucun élément de comparaison. J'ai été conquise par le parti-pris du réalisateur qui nous offre un film léger malgré son histoire tragique. J'avais peur de la déception mais je n'aurais pas dû!