affiche-a-royal-affairCaroline Mathilde est mariée très jeune à Christian VII, roi du Danemark. Très vite, elle est déroutée puis dégoûtée par le comportement de son mari qui paraît être complètement fou. L'arrivée du médecin allemand Johann Struensee à la cour, fervent partisan des Lumières, apporte un vent de renouveau dans un monde figé et presque archaïque. Caroline Mathilde, qui partage ses idées, ne tarde pas à tomber sous son charme et s'engage dans une relation sentimentale et intellectuelle tragique.

A Royal Affair est ce que le Marie Antoinette de Sofia Coppola aurait dû être. Les destins de Marie Caroline et de Marie Antoinette sont à la fois semblables et différents. Toutes deux ont été mariées à un homme qu'elles n'aimaient pas, ont aimé un homme à qui elles n'étaient pas mariées et ont terminé leur vie dans des conditions dramatiques. Sauf que dans A Royal Affair, il y a un double enjeu: oeuvrer pour le bien du peuple danois dont les conditions de vie sont pitoyables et mener une liaison sans éveiller les soupçons. Rien à voir avec le vide abyssal du film de Coppola.

C'est un film parfaitement mené qui nous permet de découvrir une partie ignorée de l'histoire danoise. Avant la guerre d'indépendance américaine ou la révolution française, les idées des Lumières sont déjà très présentes au Danemark et Struensee tente de les appliquer dès 1770. L'ambiance de cette fin de siècle est très bien retranscrite, entre insouciance et injustices. Les décors et les costumes sont somptueux et même les vues extérieures sont crédibles. L'image est belle et le système de narration, bien que manquant d'originalité, est bien utilisé.

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Pour porter le film, Nikolaj Arcel a choisi un formidable trio d'acteurs: Mads Mikkelsen, Alicia Vikander et Mikkel Boe Folsgaard. Alicia Vikander joue une femme déracinée. Elle a dû quitter son Angleterre natale pour vivre aux côtés d'un homme qu'elle déteste et qui ne cesse de l'humilier publiquement. Cette actrice est simple et sobre, parfaite incarnation d'une jeune reine perdue dans une passion dont l'issue ne peut qu'être fatale. Face à elle, Mikkel Boe Folsgaard est tout aussi brillant. Christian VII donne tout d'abord l'impression d'être sérieusement dérangé et personne ne doute de sa folie, jusqu'à ce que Struensee tente de mieux le comprendre. Le jeune roi, malgré quelques fantaisies de caractère, est simplement en butte à l'incompréhension et se sent impuissant face aux forces  adverses comme le Conseil ou sa belle-mère pour gouverner son pays. Ainsi l'image de Christian VII n'est pas manichéenne; c'est un homme qui se sert de la folie pour échapper à la réalité. La confirmation, puisque ce n'est plus vraiment une révélation, est évidemment Mads Mikkelsen, tout en apparente froideur mais sous ses dehors distants se cache une nature plus ardente. Ce simple médecin de campagne se voit offrir l'opportunité de diriger un pays et il perd un instant le sens des réalités en maltraitant à son tour Christian. Malgré tout, il sait rester digne, même au moment de son exécution surprise (puisqu'on lui faisait miroiter la grâce royale).

Tous trois forment un triangle très intéressant entre Caroline Mathilde qui méprise Christian, Christian qui considère Struensee comme un véritable ami, Struensee qui traite Christian avec indulgence, la passion de Caroline et Struensee...

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Il y a une scène que j'ai particulièrement aimée; celle où Struensee danse avec Caroline Mathilde. Les masques tombent et il semble que c'est le seul moment où ils sont parfaitement heureux. C'est un moment charnière très enlevé qui annonce la descente aux enfers des deux personnages.