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L'histoire: Jane Hayes est obsédée par le personnage de Mr Darcy, héros mythique du roman Orgueil et Préjugés de Jane Austen. Dès qu'elle partage la vie d'un homme, l'ombre de Darcy qui plane sur le couple le fait voler en éclats. Aussi, après une rencontre épineuse avec l'un de ses anciens petits amis, Jane décide de partir en Angleterre, à Austenland. Austenland est une sorte de reconstitution vivante du monde austenien, que Jane pense idyllique. Mais la réalité est bien loin de ses attentes. 

Orgueil et Préjugés a fêté ses 200 ans l'année dernière mais ce roman n'a jamais été aussi vivant que ces derniers temps et la Darcymania est devenue un véritable phénomène de société. Il y a une part de Jane Hayes dans chaque lectrice de Jane Austen, à un degré moindre, certes, mais l'admiration sans borne portée à ce personnage de fiction est assez fréquente. Du coup, même si on se doute qu'Austenland n'est pas un chef d'oeuvre du cinéma, on se laisse facilement tenter par l'histoire qui fait écho aux rêves des lectrices actuelles de Jane Austen, c'est à dire de vivre dans le Kent ou le Derbyshire au début du XIXème siècle et de pouvoir rencontrer des Darcy, des Tilney ou des Knightley. Jane Hayes s'envole donc vers l'Angleterre et avec une compatriote typiquement américaine (vulgaire, voyante mais malgré tout attachante) et débarque dans une jolie demeure nichée dans la verdure britannique. Comme elle a choisi la formule la moins chère pour son séjour, elle se retrouve vite cantonnée au rôle de la jeune fille bien éduquée mais pauvre. Bercée de déconvenues en désillusions, elle se rend vite compte que porter une robe empire et faire de la broderie à longueur de journée est bien moins amusant que ce qu'elle imaginait. En revanche, vivre entourée de gentlemen en redingote ne la laisse pas de marbre. Il est facile d'oublier que ce sont des acteurs chargés de séduire des célibataires frustrées amatrices de littérature anglaise. Entre le séduisant jardinier Martin et l'orgueilleux et antipathique Mr Nobley, Jane ne sait que penser. Et on a beau connaître les oeuvres originales, on est aussi perplexe que Jane.

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Jerusha Hess sait très bien que le public auquel elle s'adresse connaît toutes les ficelles des romances austeniennes et qu'il en a vu toutes les adaptations BBC et cinématographiques. C'est un public qu'il faut surprendre en empruntant des chemins de traverse et en brouillant les pistes. Et je dois dire que c'est plutôt réussi. Austenland, tout en reprenant des personnages typiques et des situations devenues cultes, ajoute une dose d'originalité en les abordant avec beaucoup de second degré, notamment grâce au regard qu'y porte Jane Hayes. L'ensemble est donc vraiment drôle, notamment une scène de théâtre surréaliste mais à mourir de rire (clin d'oeil à Mansfield Park si je ne m'abuse) et les personnages sont presque dignes de Jane Austen. On aurait pu craindre de cette version qu'elle soit trop américaine pour être crédible mais non. L'humour typiquement anglais cohabite harmonieusement avec des gags très américains. 

Quant au casting, je n'ai pas grand chose à lui reprocher. Keri Russel est pleine d'autodérision et ne parvient pas à être totalement ridicule malgré les anglaises dont elle est affublée. Elle représente assez bien, comme Amanda Price, l'héroïne de Lost in Austen, l'admiratrice lambda des oeuvres de Jane Austen et il est très facile de s'identifier à elle. Mais mon coup de coeur va à JJ Feild, à savoir Mr Nobley, déjà vu (et apprécié) dans l'adaptation de Northanger Abbey dans le rôle de Mr Tilney. Le costume d'époque lui va à ravir et lui donne un charme fou sans qu'il ait besoin d'en faire des caisses. A noter aussi tous les seconds rôles un peu caricaturaux mais très croustillants.

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Austenland, sous couvert d'une comédie romantique sympathique, propose une réflexion assez intéressante sur l'influence qu'un idéal peut avoir sur nos vies. Faut-il poursuivre cet idéal coûte que coûte? Ou faut-il être plus raisonnable? Le  film montre à quel point un personnage imaginaire devenu un fantasme joue sur les aspirations de certaines personnes. Janes Hayes a-t-elle raison de vouloir absolument trouver le Mr Darcy du XXIème siècle? Et par conséquent, est-ce que n'importe quelle Austen addict peut-elle espérer s'en dégoter un aussi? Les filles, Jane Austen disait: "Do not be in a hurry, the right man is sure to come at last."

En attendant, il faut regarder Austenland, parce que c'est drôle et sans prétention. C'est un film léger qui fait passer un très bon moment, et qui se moque gentiment des travers des Janet.