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L'histoire: Arthur Stuart est un journaliste anglais qui travaille au Herald Tribune de New York. Lorsqu'on lui demande de faire une enquête sur l'ancienne idole du Glam rock Brian Slade, une avalanche de souvenirs le submerge. 

J'ai hésité à écrire cet article parce que je m'étais mis en tête qu'il fallait avoir de bonnes connaissances musicales pour pouvoir en parler. D'un autre côté, c'est un film complexe qui possède deux faces et peut-être que je me trompe dans ma réflexion mais j'avais envie de la partager. 

Je ne connaissais pas vraiment le glam rock et j'en avais même une image plutôt erronnée. Velvet Goldmine parachute le spectateur dans le Londres des années 1970, au coeur des pantalons pattes d'éléphant, des cols pelles à tarte et des cheveux ultra crêpés. Dans cet univers surgit soudain l'insaisissable Brian Slade, tout de bleu vêtu, couvert de plumes et de paillettes. Impossible de ne pas penser à Ziggy Stardust, alias David Bowie. De même, le gesticulant Curt Wild n'est autre que la représentation d'Iggy Pop. Le film propose donc de montrer l'âge d'or d'un mouvement musical à travers la fulgurante ascension d'artistes hors normes. Déjà parce que Brian Slade brouille les genres. Androgyne et bisexuel, il s'amuse à contourner les codes et à multiplier les paradoxes, par exemple en portant des talons hauts, ou en chantant en robe. D'un autre côté, il y a Curt Wild, chanteur un peu plus punk, très charismatique et troublé qui n'hésite pas à se mettre à nu (au sens propre) sur scène. La rencontre entre les deux fait des étincelles et leur passion est aussi violente qu'éphémère. 

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Dans la forme, Velvet Goldmine ne fait pas dans la simplicité car il faut faire face aux nombreux flashbacks, délires pailletés et autres orgies musicales et sexuelles qui ponctuent le film. C'est une histoire à tiroirs. D'abord, il y a celle d'Arthur, qui se remémore sa fascination, qui frisait l'adoration, pour Brian Slade. Son obsession pour ce personnage androgyne et sensuel lui permet de découvrir, sinon d'assumer, son homosexualité. Ensuite, il y a celles des différentes personnes qui acceptent d'être interrogées par Arthur, notamment Mandy Slade, l'ex-femme de Brian. Ces personnages dévoilent leurs attentes, leurs joies et leurs peines, les déchirements dont ils furent les victimes, le regard qu'ils portent sur Brian Slade. Ils renvoient donc l'image qu'ils ont de l'idole mais ne révèlent pas ce que cet homme était vraiment. Et c'est là tout l'intérêt du film. Mais avant d'en dire plus, il faut que je fasse une petite digression sur l'ouverture du film.

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Au 1 Merrion Square à Dublin, une femme trouve un enfant abandonné sur le pas de sa porte. Cet enfant n'est autre qu'Oscar Wilde et si on ne le voit plus dans la suite du film, il reste omniprésent. Pour ceux qui ne connaissent pas Oscar Wilde, c'est un artiste, plus qu'un écrivain, un dandy dont le destin fut celui d'une étoile filante. Je pense que s'il avait vécu au XXème siècle, il serait devenu une sorte de rock star et on peut voir en Brian Slade le Wilde du glam rock. Que ce soit dans les attitudes, le look, la passion destructrice pour un homme, la gloire fulgurante et la déchéance la plus totale, je retrouve partout Wilde dans le personnage de Brian Slade. Et c'est là qu'il faut voir une autre lecture de Velvet Goldmine. Le film est ponctué d'aphorismes inspirés de ceux de Wilde, notamment ceux-ci: "Il ne faut regarder ni les choses ni les personnes. Il ne faut regarder que dans les miroirs. Car les miroirs ne nous montrent que des masques" ou "l"homme est moins lui-même quand il est sincère. Donnez-lui un masque et il dira la vérité." Ce que l'on voit de Brian Slade n'est qu'une image créée par ceux qui l'ont cotoyé. C'est d'ailleurs pour cela qu'on le voit toujours à travers les yeux d'une autre personne. Il est idéalisé par Arthur ou Mandy ; des fans vampirisés par une illusion. Rien n'est réel, Brian Slade ou même Curt Wild sont des chimères et c'est cela qui les rend attirants. Ils n'existent que dans l'esprit de ceux qui les ont inventés. 

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Bien sûr, que serait un film sur une star de la musique sans musique? Elle est omniprésente sans être trop intrusive et accompagne parfaitement l'image. Elle reste majoritairement glam rock, mais fait des incursions du côté du punk et arbore parfois des faux airs de cabaret qui s'accorde avec l'ambiance baroque du film.

A cela, il faut ajouter un trio d'acteurs vraiment génial. A commencer par Jonathan Rhys Meyer dont le visage devient de plus en plus impassible à mesure que le personnage de Brian Slade se construit. C'est comme s'il se statufiait, et d'homme il devient objet. Face à lui, Ewan McGregor incarne un personnage tout aussi insaisissable, à fleur de peau. Il brûle sa vie en s'épuisant sur scène ou en se droguant. Le dernier, c'est Christian Bale qui les observe, comme s'ils étaient sa madeleine de Proust, et qui se remémore le jeune adulte plein de contradictions qu'il était. Le t-shirt moulant lui va à merveilles, et j'ai découvert qu'il peut être drôle, même si c'est un peu malgré lui. 

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Au final, Velvet Goldmine est un peu déroutant par son histoire déconstruite et reconstruite, ses longs apartés musicaux et ses délires philosophiques sous substance illicite mais il est également fascinant. Je regrette juste que l'histoire entre Curt et Brian ne soit pas plus aboutie. D'un côté c'est normal car aucun de ces deux personnages n'est interrogé par Arthur, donc leur passion est décrite par des personnages secondaires. Et puis j'ai l'impression, mais je me trompe peut-être, que certains réalisateurs hésitent ou ne parviennent pas à montrer une romance entre hommes qui paraît crédible. Alors ils préfèrent ne rien montrer ou bâcler.