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L'histoire: Henri Charrière, dit Papillon, est condamné au bagne pour un crime qu'il n'a pas commis. Envoyé en Guyane avec des centaines d'autres prisonniers, il se rapproche de Louis Dega, un faussaire dont il convoite l'argent utile à une éventuelle évasion. Ensemble, ils doivent survivre aux maladies, aux marais, aux bagarres... Profitant d'une événement inattendu, Papillon s'enfuit mais sa tentative est un échec qui l'envoie à l'isolement.

L'histoire d'Henri Charrière paraît trop romanesque pour être crédible, et pourtant, il s'agit d'un fait réel ; bien que le film soit assez différent de la véritable histoire. Le récit fait l'impasse sur ce qui précède l'arrivée de Papillon au bagne car le centre de l'intrigue est le camp de Saint Laurent. Les prisonniers, avant même de purger leur peine, doivent affronter un long voyage en bateau, dans des conditions extrêmes comme la pluie et la chaleur. Une fois en Guyane, chacun se voit attribuer une tâche ; la pire étant de travailler dans les marais où l'espérance de vie est des plus limitées. Papillon et Dega n'y échappent pas et cette existence misérable finit de convaincre Papillon : il doit s'évader. Cette première partie permet de présenter à la fois les personnages et le quotidien des bagnards dans les années 1930. Papillon n'est pas un tendre et il n'hésite pas à se servir de son canif lorsque c'est nécessaire. Louis, avec ses verres grossissants et son air naïf, est quant à lui moins armé pour survivre au monde carcéral. Le cadre en apparence idyllique de la Guyane cache bien des dangers. La forêt tropicale est aussi meurtrière que l'océan bleu turquoise. Et ce n'est rien face à la cruauté de certains gardiens.

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Les deux hommes pensent s'allier par pur intérêt personnel mais ils vont lier une profonde amitié qui va résister à beaucoup d'épreuves. L'une d'elles constitue la seconde partie du film, lorsque Papillon passe des années à l'isolement pour sa tentative d'évasion. Enfermé dans une minuscule cellule, rendu à moitié fou par un rationnement drastique et des mois passés dans l'obscurité, l'homme échappe de peu à la mort. C'est un passage difficile mais puissant dans lequel Steve McQueen est tout simplement époustouflant. Si au début son rôle se rapproche du Virgil Hilts de La Grande évasion, son interprétation écarte toute comparaison. Il fait osciller son personnages sur le fil de la raison avec talent et lorsque les barrières mentales de Papillon sont sur le point de rompre, McQueen reste excessif en toute sobriété pour ne pas tomber dans la caricature. Mon admiration pour cet acteur n'en est que renforcée!

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Face à lui, Dustin Hoffman n'est pas en reste, malgré l'air un peu benêt et parfois drôle, qu'il arbore pendant longtemps. Je dois quand même avouer que je n'ai pas éprouvé d'intérêt particulier pour son personnage. J'aurais préféré que des protagonistes comme Maturette soient plus exploités. Il apparaît un peu comme un cheveu sur la soupe au moment où Papillon prépare sa deuxième évasion et c'est dommage parce que le jeune homme est très intéressant dans ce qu'il révèle sur l'organisation du bagne et les relations entretenues entre les prisonniers. Et au-delà de ça, Maturette - quand on lui laisse la place de s'exprimer - sait être très charismatique et l'une des répliques qu'il lance à Papillon fait froid dans le dos. Robert Deman, son interprête, semblait avoir un grand potentiel en tant qu'acteur. 

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L'histoire de Papillon est assez paradoxale. Le misérable côtoie souvent le sublime et du désespoir naît l'espoir : les marais puants succèdent aux longues plages de sable blanc, les actes de bonté sont accomplis par les truands tandis que les "justes" trahissent, la folie devient génie,... C'est passionnant jusqu'à la dernière minute et je dois dire que le film a beau dater de 1973, il n'a pas pris une ride. Certains plans sont superbes et j'ai particulièrement apprécié la scène d'ouverture, lorsque la longue colonne de bagnards défile au milieu d'un village plongé dans un silence méprisant. A voir sans modération!