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L'histoire : Poussé par une quête obsessionnelle - trouver sa mère - Mike a tout quitté et ne survit qu'en se prostituant. Entre deux crises de narcolepsie, il développe une profonde amitié avec Scott, le fils du maire de Portland qui a fui sa famille pour s'installer avec des marginaux dans une maison en ruines. Ensemble, les deux garçons entreprennent de retrouver la mère de Mike...

Je ne sais pas trop quoi penser de Gus Van Sant. En tant que réalisateur, je n'admire pas vraiment son oeuvre. Elephant m'a fait mourir d'ennui, par exemple. Et j'ai apprécié Harvey Milk ou Will Hunting, mais sans plus. Cela dit, je ne suis pas rancunière puisque j'insiste dans ma découverte de sa filmographie. Il a des choses intéressantes à raconter, je n'en doute pas. C'est plutôt sa façon de faire qui ne me plait pas. Et ça n'a pas raté pour My own private Idaho. Sur le papier, l'intrigue est prenante et les acteurs talentueux. Dans les faits, c'est psychédélique, malsain et surjoué. Parfois, au milieu de cet ensemble bizarre et grotesque surgit une superbe scène, parfaitement écrite et brillamment interprétée, puis le film retombe dans la folie.

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La majorité de l'intrigue dépeint la vie des marginaux de Portland qui vivent de passes et de larcins. Plutôt que de décrire leur quotidien de manière sobre et juste, Van Sant insuffle à chaque personnage une étincelle de folie qui rend l'ensemble fatiguant et fait faussement croire que les marginaux sont tous des drogués à moitié tarés. Il n'y a qu'à voir Budd qui est complètement débile, le pauvre. Et tous s'entraînent dans une surenchère de crétinerie faite de cris, de blagues, de sauts dignes d'une comédie musicale. Comme s'il s'agissait de scènes d'une pièce de théâtre qu'il faut surjouer pour qu'elles soient lisibles pour le spectateur. Sauf que ce dernier se trouve devant un écran et cette débauche d'énergie peut s'avérer être rapidement lassante.

Je sais que l'aspect non conventionnel du film en fait sa force et que beaucoup louent son esthétisme. Pour ma part, c'est justement ce qui m'a rebutée parce que je suis plutôt conventionnelle et surtout, j'aime la simplicité. L'accumulation de passages survoltés, puis de scènes oniriques, le tout accompagné d'une musique parfois discordante me laisse souvent perplexe.

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Mais comme je l'ai dit plus haut, au milieu de tout un bordel esthético-chiant, Gus Van Sant a parfois un parti-pris intéressant. Notamment dans le découpage de ses scènes qui permet de mettre en doute leur véracité. Comme le personnage principal est narcoleptique et s'endort en cas de situations angoissantes, l'histoire est ponctuée d'ellipses et de passages qui pourraient être interprétés comme des rêves faits par Mike. On ne sait donc pas toujours si ce que l'on regarde appartient à la réalité ou non. Et puis, il y a l'écriture des personnages. Si l'on passe outre leur personnalité excessive (liée à la consommation de drogue?), Mike et Scott deviennent deux garçons attachants, bien que très différents. Mike est névrosé, malade et n'a d'autre perspective que de vivre dans la rue ou sur les routes alors que Scott a un avenir et des parents riches. Le premier est authentique et sincère alors que le deuxième semble jouer un rôle. Et l'apogée de cette histoire d'amitié est la scène où Mike et Scott sont au milieu de l'Idaho, autour d'un feu, et que Mike se dévoile sans rien attendre de Scott, parce qu'il l'a percé à jour et qu'il l'accepte ainsi. Ce passage vaut à lui seul le visionnage du film parce qu'il est beau, et en toute simplicité.

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Il y a un dernier point positif... River Phoenix et Keanu Reeves qui forment un superbe duo. River Phoenix, je ne le connaissais que par sa réputation de belle gueule ajoutée à un tragique destin. (Je l'avais aussi vu dans Stand by me où il était très prometteur). Sa justesse à jouer les équilibristes de la raison en incarnant Mike fait vite oublier son physique. Il m'a d'ailleurs rappelé Leonardo DiCaprio dans ses rôles de jeunesse (Gilbert Grape ou The Basketball diaries) et s'il avait vécu, nul doute qu'il aurait eu le même genre de carrière. Quant à Keanu Reeves, il incarne un personnage arrogant qui s'impose comme leader au sein des marginaux. Sa personnalité est en réalité plus complexe et il s'avère être un manipulateur assumé, puisqu'il n'avait jamais vraiment dissimulé ses intentions à ses amis. N'en déplaise à ses détracteurs, Keanu Reeves est tout à fait crédible, à la fois impertinent et froid, sans oublier d'être assez sexy.

My own private Idaho est un hybride de bonnes idées et d'une réalisation discutable qui le rend à la fois ennuyeux et captivant. Je n'ai donc toujours pas résolu le mystère Van Sant et une fois de plus, je suis frustrée par le visionnage d'un de ses films.