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L’histoire : L’Apollonide, une maison close parisienne, connaît ses dernières heures de gloire grâce aux charmes des prostituées qui y travaillent. Mais aux prémices du XXème siècle, la chute est irrémédiable, pour les filles comme pour la maison.

Maison close, prostitution… Sujets bien délicats pour qui ne veut pas tomber dans la vulgarité. On pourrait presque croire à l’accroche d’une émission comme Enquête exclusive. C’est plus l’époque que le sujet qui m’a attirée vers ce film. Pour moi, la période qui précède la première guerre mondiale possède le délicieux parfum de la décadence et c’est exactement ce que j’ai trouvé dans l’Apollonide. Le décor raffiné et luxueux du salon principal favorise le stupre des clients et contraste avec les chambres dénudées des filles. L’atmosphère qui se dégage est paradoxale ; à la fois somptueuse et corrompue, délicate et fanée, sensuelle et froide…

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Le film se concentre sur celles qui animent la maison grâce à leurs charmes mais leur sourire factice dissimule des âmes fragiles, brisées ou torturées. Chaque personnage porte une marque de tragique, ce qui permet de rattacher à une femme un des aspects de la prostitution. Pour l'une, ce sera la drogue, l'autre la maladie, une troisième la mutilation... Pour d'autres filles, vendre son corps paraît être un bon moyen de s'élever socialement si elles sont prêtes à en payer les conséquences. Dans l'Apollonide, il n'y a pas de temps pour les crêpages de chignon et les ego froissés. Les femmes qui y travaillent forment une famille, étrange certes, mais unie. Les rôles principaux sont vraiment bien écrits et chaque fille est touchante, à sa façon. Les émotions dégagées par les protagonistes sont renforcées par le jeu des actrices, qui sont pour la plupart impeccables. Je dois avouer que je n'en connaissais aucune mais certaines m'ont épatée, comme la très belle Hafsia Herzi (Samira), Alice Barnole (Madeleine/La femme sourire) ou Iliana Zabeth (Pauline). Bien que le phénomène de groupe soit plutôt bien géré, j'avais tout de même parfois des difficultés à différencier certaines actrices et les seconds rôles sont assez mal employés puisqu'elles ont l'air de potiches. Quant aux hommes, ils ne sont que des prétextes et sont ceux qui infligent la souffrance, consciemment ou malgré eux.

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Comme je le disais plus haut, l'ambiance du film est parfaitement mise en scène grâce à des décors soignés, des costumes (voire l'absence de costume, puisque la nudité est très présente) superbes et une musique rock'n roll à la fois anachronique et idéale. Tout cet emballage permet de proposer un film osé mais jamais vulgaire et sûrement pas érotique. Oui, on voit de la fesse, des seins, des fantasmes,... Cependant, le regard qui nous est offert possède une sorte de sensualité froide, parce que les habitantes de l'Apollonide paraissent mortes à l'intérieur. Cela se joue aussi par le rythme très lent, parfois même trop, du film, comme si une sorte de langueur s'emparait de nous.

Globalement, j'ai aimé ce film pour son esthétisme et ses références (notamment L'Homme qui rit de Victor Hugo ou le réalisme cru des nouvelles de Maupassant) mais je m'interroge sur son intention, que je ne trouve pas très claire. Entre le soupçon de regret de la fin d'une époque, l'hommage rendu à ces femmes et la réflexion sous-jacente sur la prostitution, je suis perdue. Je ne sais pas ce que je dois comprendre et cela me gêne dans la perception du film puisque je ne saisis pas son but.