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L'histoire : La fanfare de Grimley vit ses derniers jours car ses membres voient leurs emplois menacés par la politique de fermeture des mines de charbon en Angleterre. Pourtant, elle est en lice pour participer à un concours dont la finale se déroulera au Royal Albert Hall et Danny, le chef d'orchestre, se démène pour motiver ses musiciens.

Ce que j'ai aimé :

- l'authenticité de l'intrigue : Le centre du film n'est pas la fanfare mais l'avenir des hommes qui la composent et qui se battent depuis des années pour leur travail. Certains se sont même endettés et ont fait de la prison afin de défendre la mine pendant les grèves de 1984. Le propos n'a rien de drôle et contrairement aux films américains pleins de bons sentiments, un deus ex machina ne va pas surgir pour régler le taux de chômage comme par magie. Nos voisins anglais sont les spécialistes des drames sociaux, comme nous l'ont montré The Full Monty, Billy Elliot ou plus récemment, Pride et encore une fois, leur recette fonctionne parce que chaque ingrédient est justement dosé entre la dénonciation d'une politique qui a laissé 250 000 mineurs sur le carreau, l'humour, la musique, l'émotion et un brin de romance.

Cette authenticité se traduit aussi par la non idéalisation du décor (la ville construite en brique rouge, les intérieurs miteux avec papier peint déchiré et canapé défoncé, les vieilles voitures déglinguées) et des personnages. Ce qui m'amène au point suivant!

- les personnages : Ils sont très loin des stéréotypes auxquels on est confronté dans le cinéma. Ce sont des monsieur et madame Toutlemonde et n'ont rien d'exceptionnel, à part un humour décapant. Les plus touchants sont Danny, le chef d'orchestre aux poumons envahis par le charbon, et Phil, son fils pris à la gorge par les dettes, parce qu'ils entretiennent une relation très pudique qui gagne en puissance à mesure que le film avance. Ces deux-là réservent de très belles scènes. Les personnages secondaires, même s'ils ont une importance bien moindre, sont traités avec subtilité, à l'image d'Harry qui ne fait que croiser sa femme en rentrant du travail et en sortant jouer avec la fanfare. Par de très courtes scènes, le réalisateur suggère beaucoup à propos de ses personnages et leur permet d'exister en dehors du champ de la caméra.

Pete Postlethwaite and Stephen Tompkinson in Mark Herman's BRASSED OFF

- les acteurs : Que des gueules! Le genre qu'on n'oublie pas facilement, à commencer par Pete Postlethwaite et Stephen Tompkinson. Mais je vous avouerai que la meilleure surprise est la présence de Jim Carter, LE Mr Carson de Downton Abbey! J'aime la présence qu'il a à l'écran et le son de sa voix. Bien sûr, Ewan McGregor est tout mignon et il n'est pas seulement utilisé comme un atout charme. Idem pour Tara Fitzgerald.

- la musique : elle est omniprésente. Normal pour un film centré sur une fanfare mais ça pourrait en effrayer plus d'un, surtout que ce n'est pas forcément un genre apprécié par tout le monde. Heureusement, elle est savamment dosée pour ne pas étouffer le spectateur. Et certains passages sont splendides, notamment le morceau pendant lequel Tara Fitzgerald est soliste. Et l'apothéose arrive lorsque le groupe joue l'ouverture de Guillaume Tell de Rossini parce qu'il est impossible d'ignorer la dimension épique de ce morceau!

- l'humour anglais : même les blagues légèrement vulgaires ont l'air raffinées quand elles sont proférées par un Anglais. Ce n'est pas une comédie à proprement parler donc le but du film n'est pas de faire rire. Pour autant, quelques piques assez efficaces y sont disséminées, à l'image d'un dialogue surréaliste tenu par cinq mineurs entassés dans une voiture à propos de l'expression "pisser dans un violon."

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Ce que je n'ai pas aimé:

Rien. Je regrette juste que le grain de folie de Vera (la femme d'un des mineurs) et de son acolyte ne soit pas plus poussé parce que ce sont deux personnages qui auraient pu être géniaux. Imaginez deux quarantenaires un peu jalouses qui se font teindre les cheveux en violet pour aller soutenir la fanfare... J'espérais que leur caractère déjanté serait davantage exploité et cela n'a pas été le cas.