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L’histoire : Dans un cirque de campagne, à la fin du XIXème siècle, l’auguste Footit rencontre Rafaël Padilla, dont la couleur de peau le cantonne à un rôle de sauvage sanguinaire ramené d’Afrique. Décelant en dans sa présence et sa gestuelle un immense potentiel comique, il le convainc de former un duo de clowns, réunissant pour la première fois l’auguste et le clown blanc.

Je ne suis pas une grande amatrice de cirque en tant que spectatrice et les clowns ne sont pas vraiment ma tasse de thé. Paradoxalement, j’aime l’envers du décor et l’univers « hors-piste » du cirque. Ajoutez à cela un contexte historique que j’adore et un casting sympa, il n’en fallait pas plus pour me convaincre d’aller voir ce film. Même si c’est français !

En sortant de la séance, j’étais assez mitigée. L’histoire est pourtant intéressante. Je ne connaissais pas du tout Chocolat et raconter sa vie est un bon moyen de montrer ce qu’il a apporté au monde du cirque avec son association inattendue avec Footit. Inattendue de deux points de vue : l’auguste et le clown blanc n’apparaissaient jamais ensemble avant eux et l’amitié entre un Blanc et un Noir au tout début du XXème siècle n’avait rien de naturel. Les thèmes du film, bien qu’ils ne soient pas révolutionnaires, restent universels : la gloire fulgurante de chocolat l’entraîne dans un cercle vicieux fait de dépenses colossales, de jeux d’argent et d’alcool. Après s’être libéré de l’esclave et extirpé de la misère, le jeune homme entend profiter de la vie et perd pied pour n’avoir pas su fixer des limites. C’est à ce moment que les ficelles qui dirigent les personnages deviennent grosses comme des maisons et Rafaël tombe sans aucune subtilité dans la consommation de stupéfiants comme le laudanum et l’opium.

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Il n’est pas seulement question de cirque dans Chocolat. Du fait de sa couleur de peau, le personnage est victime de discrimination et de racisme, ce dont il va peu à peu se rendre compte, notamment grâce à sa rencontre en prison avec un Haïtien. Ce dernier le bouscule (idéologiquement) et le convainc d’utiliser sa renommée de clown pour défendre la cause des Noirs. Ce que Rafaël va faire en se démenant pour interpréter Othello, personnage joué depuis toujours par un Blanc grimé en Noir. La cause est noble mais manque, elle aussi, de subtilité. La scène de la prison mise à part, je n’ai pas senti assez de haine éprouvée pour Chocolat et les moments de rivalité avec d’autres clowns sont trop grossiers pour instaurer un véritable climat raciste et malsain (qui devait pourtant exister à l’époque). Et puis, certains plans sont tellement clichés qu'ils devraient être interdits, comme lorsque Rafaël découvre une tribu africaine reconstituée pour l’exposition coloniale de Paris et qu’un des garçons présents se met à lui parler dans un dialecte. Rafaël est paralysé et le fixe intensément, sans rien dire. Quelqu’un le tire en arrière, il résiste un peu, s’éloigne lentement puis jette un dernier regard attristé vers le garçon. On passerait avec un panneau « Il se sent coupable » que ce ne serait pas plus subtil.

Et pour en terminer avec les mauvais points : la fin est totalement inutile et hors de propos. Elle est d’un pathétique absolu et n’a pour but que de tirer quelques larmes au spectateur un peu trop sensible, et encore, je suis sûre qu’il n’est pas dupe. Roschdy Zem mène l’histoire de ce pauvre Chocolat sans grande finesse et parfois, son film donne l’impression d’être calculé pour donner une émotion précise à un moment donné. Le souci, c’est que l’émotion n’est pas quelque chose de réfléchi, surtout quand il s’agit de bouleverser un spectateur.

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Cependant, le film a deux atouts dans sa poche. Le premier est la reconstitution de l’époque qui est assez admirable. J’ai toujours eu un faible pour les films en costume et je n’ai vraiment pas été déçue. Ajoutez aux gilets brodés de Rafaël des tenues de cirque extravagantes et je suis comblée ! Le travail pour rendre l’atmosphère du Paris du début du XXème siècle doit être mis en avant, c’est une belle réussite. Et puis, il y a James Thiérrée, qui incarne Footit. Je suis désolée pour Omar Sy, qui ne fait pourtant aucun faux pas, mais le charisme du petit-fils de Charlie Chaplin l’affadit. On sent l'artiste en lui, à travers sa voix, sa gestuelle, sa présence. En tant qu'acteur, il est juste génial. Et le fait que ce clown blanc, probablement dépressif, reste insondable rend le personnage encore plus intéressant. Le passage plus marquant du film est, pour moi, celui où Marie, la compagne de Rafaël, vient le voir, paniquée parce que son amant a disparu. Footit la secoue un peu en affirmant que tout le monde se fiche de sa souffrance et que parfois, "quand il se lève le matin, il a tellement envie de crever que c'en est insupportable". Le problème, c'est qu'en effet, le film ignore totalement ses sentiments. En comparaison, Chocolat est bien plus lisible, surtout quand on voit la subtilité avec laquelle on le traite. 

Vouloir réhabiliter Rafaël Padilla, l'homme caché derrière le nom de Chocolat, est une intention louable et le pari est tenu. Je regrette juste que le film ne soit pas plus authentique dans les sentiments qu'il veut véhiculer.