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L'histoire : Vincent Mandel, photographe de mode, est en instance de divorce et se déchire avec sa femme à propos de la garde de leurs deux enfants. Un jour, un nouveau mannequin débarque dans son studio pour un shoot de lingerie. Ce que Vincent ne sait pas, c'est que la jeune femme travaille en réalité pour Joseph Plender, un ancien camarade de classe bien décidé à faire de la vie de Mandel un enfer. 

Je suis d'humeur magnanime et j'essaie de redonner une chance au cinéma français dont toutes les productions ne sont pas des bouses sans nom. La preuve, Le Serpent, sans être d'une originalité folle, fonctionne plutôt bien dans l'ensemble. La machination soigneusement (et odieusement) mise en place par Joseph est un bijou de machiavélisme et Vincent ne peut que se débattre dans une affaire qui le dépasse. Dans le détail, je n'ai pas pu m'empêcher de grincer des dents à propos de certains personnages trop stéréotypés (non, je ne pense pas du tout à la future ex-femme de Vincent qui confond détester son mari et être complètement conne) et la fin ne m'a pas convaincue (mais j'y reviendrai en toute fin d'article, pour ceux qui ne veulent pas être spoilés). 

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Dans ce film, les apparences sont trompeuses. Vincent Mandel est dépeint comme un bon père de famille piégé dans une vengeance qu'il ne comprend pas alors que Joseph ressemble à un sadique revanchard. Puis, à mesure que l'intrigue se déroule, les masques tombent et la victime n'est plus celle que l'on croit. Vincent s'est d'abord bien gardé de révéler à son entourage, qui l'aide à s'extirper de la machination dans laquelle Joseph l'enfonce, qu'il récolte ce qu'il a semé quand il avait treize ans. Quant à Joseph, il n'est plus un froid psychopathe mais un garçon brisé dont la vie s'est arrêtée alors qu'il n'était qu'un adolescent. L'affrontement entre les deux hommes réserve quelques moments de tension bien maîtrisés et le duel Attal/Cornillac est une belle trouvaille. Yvan Attal est tout à fait crédible dans son rôle de père de famille aux abois : il est dépassé par les événements mais pas pathétique. Et Clovis Cornillac trouve dans Le Serpent un rôle excellent lui permettant de se transformer en personnage effrayant par la violence dont il peut faire preuve mais surtout par sa capacité à s'insérer dans la vie des autres. Sans oublier la folie sous jacente qui l'habite et qui surgit à la fin de l'histoire. Cornillac est tellement bon dans cet exercice que je regrette que ce ne soit pas Joseph le héros de l'histoire. 

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Donc globalement, c'est un scenario bien ficelé (malgré quelques longueurs au début), avec de bons acteurs et c'est vraiment plaisant à regarder. Cependant, il y a quelque chose qui me chiffonne dans ce genre de films (et c'est à partir de maintenant que je raconte la fin!)

Le fait que Vincent ne soit pas une innocente victime m'a beaucoup fait réfléchir. On apprend qu'il a enfermé Joseph dans la cuisine d'un bâtiment abandonné pour se moquer de lui et l'y a laissé là toute la nuit. Malheureusement, la plaisanterie a tourné au cauchemar pour Joseph qui a été violé par un vagabond et par la suite, sa mère est tombée dans une dépression si profonde qu'elle a été hospitalisée dans un institut où elle s'est suicidée vingt-cinq ans plus tard. Joseph n'a pas pu se construire normalement et intérieurement, il est mort. Sans approuver sa vengeance mûrement réfléchie, le spectateur est en mesure de la comprendre. Au début, toute ma sympathie convergeait vers Vincent, ce gentil papa poule, pas si gentil au demeurant. Quand il raconte l'histoire de Joseph, il ne semble éprouver aucun remord et on dirait presque que la motivation de son ancien camarade lui échappe. Il a l'air de penser qu'il n'a rien fait de mal. Le héros de l'histoire est donc un sale type et l'intrigue n'est pas si morale qu'on le pense. Je suis la première à râler quand le scenario et les personnages sont trop manichéens alors ça me va mais seulement si on garde cette logique jusqu'au bout. Sauf que la fin me laisse perplexe parce que cet homme ne perd rien, même quand toute sa famille risque de mourir. En schématisant, la victime (Joseph) est punie alors que Vincent a juste vécu quelques jours difficiles. Dans ma logique, Vincent aurait dû mourir ou perdre sa famille. C'est monstrueux à dire mais c'est dans ce sens que va l'histoire mais ce n'est pas moral de tuer des enfants alors on fait comme dans Que Justice soit faite, on prend le spectateur pour un jambon en twistant la fin et tant pis pour la cohérence. 

Et ça m'amène à mon deuxième point. Est-ce qu'on pourrait m'expliquer une bonne fois pour toutes comment un quarantenaire pas très sportif vient à bout d'un ancien soldat de la Légion avec une flaque d'eau et un bout de verre? (C'est le même souci que dans Collateral, lorsque Jamie Foxx devient un tireur d'élite alors qu'il ne sait même pas retirer un cran de sécurité). S'il y a une qualité que je veux bien reconnaître au cinéma français, c'est son authenticité, surtout dans les polars. Alors pourquoi reprendre les incohérences qui sont légions dans les films américains? Et puis cette bêtise confirme ce que je disais dans le paragraphe précédent. Vincent n'aurait pas dû sortir vivant de cette histoire.