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L'histoire: Edith Cushing vit seule avec son père, un riche entrepreneur de Buffalo. La jeune femme ambitionne de devenir écrivain mais rencontre des difficultés à être publiée. Un jour qu'elle teste une machine à écrire au bureau de son père, elle fait la connaissance de Thomas Sharpe, un baronnet anglais venu trouver des fonds pour une machine, et elle tombe immédiatement sous son charme ténébreux.

Je trépignais d'impatience à l'idée d'assister au retour du gothique au cinéma mais je n'ai pas eu le temps d'aller voir Crimson Peak en salles. J'ai donc rattrapé mon retard hier... Et ma déception fut aussi grande que mes attentes. C'est malheureux de voir une bonne idée massacrée par une réalisation incohérente. 

La trame de l'histoire n'a rien de révolutionnaire mais elle reste parfaite pour planter un univers gothique à souhait. Pour rappel, le roman gothique est une spécialité anglaise du début du XIXème siècle dans laquelle on retrouve souvent des châteaux hantés, des cimetières, des orages et des personnages typiques comme des femmes fatales, des démons, des séducteurs maudits et d'innocentes jeunes femmes. Dans Crimson Peak, les rôles sont parfaitement distribués : Edith joue le rôle de l'ingénue, Thomas celui du sombre prétendant, Lucille est la soeur effrayante et Alan le preux chevalier. Même le code couleur est respecté : les bruns sont les méchants, les blonds les gentils. Le décor de Crimson Peak est époustouflant et j'ai adoré la grandeur mêlée de déchéance de l'ameublement. C'est beau et lugubre à la fois. Les bonnes idées concernant ce décor baroque complètement délabré pullulent et sur ce point, le film est absolument irréprochable. Même chose pour les costumes choisis avec soin pour les différents personnages, que ce soit les robes extravagantes et colorées pour Edith ou les tenues sombres mais élégantes de Lucille. Je ne vous parle même pas des messieurs en gilet, vous savez déjà ce que j'en pense. 

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Guillermo del Toro montre qu'il connaît très bien les codes du gothique mais au lieu de s'amuser avec pour dérouter le spectateur, il les suit scrupuleusement et livre un film prévisible. Je comprends la volonté de rester fidèle à cette littérature mais le spectateur d'aujourd'hui n'est pas le lecteur d'il y a deux siècles et assister aux errances d'une jeune fille pure et innocente est juste ennuyeux. Surtout quand elle est incarnée par la parfaite poupée Mia Wasikowska, que je ne peux plus sentir dans le rôle de la jeune fille naïve qui écarquille les yeux d'incompréhension toutes les trois minutes (Alice, Jane Eyre, India dans Stoker, Emma Bovary, Helen dans Albert Nobbs...). Cette actrice est tellement figée qu'elle ne transmet aucune émotion et je n'ai senti aucune alchimie entre elle et les autres acteurs. Le personnage de Thomas Sharpe (Tom Hiddleston) remet son existence en cause pour son amour mais il n'existe aucune passion entre Edith et lui. Crimson Peak est en grande partie centré sur Edith qui est donc un personnage moyennement intéressant joué par une actrice moyennement inspirée. On part avec un gros handicap. Mais ce n'est pas tout. Presque tout le casting est rendu fadasse au possible, même Tom Hiddleston et Charlie Hunnam! La seule qui tire son épingle du jeu est Jessica Chastain. Elle parvient à montrer que Lucille a des failles avec beaucoup de subtilité et sa présence est très magnétique. Par exemple, elle parvient à rendre une simple étreinte plus sensuelle que LA scène "torride" du film. 

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Passons maintenant aux trois véritables problèmes de Crimson Peak. Le premier, et de loin le plus important, est la cohérence. Des tas d'éléments sont évoqués, soulignés, abordés, pointés du doigt et on se rend finalement compte qu'ils ne servent à rien. Plusieurs fois, l'image se concentre sur des insectes, notamment des papillons et des mouches morts, et laisse penser qu'il s'agit d'un détail important qui est vite oublié par la suite. Pourquoi insister sur cela alors? A un autre moment, Edith est vraiment mal en point et tombe du premier étage, se blessant méchamment à la jambe. Dix minutes plus tard, elle gambade dans les sous-sols du manoir et ne boite même pas. Le deuxième souci concerne les clichés. La littérature gothique en est pleine, c'est même son principe de base, mais rien n'oblige à tous les respecter si on veut intégrer un minimum d'originalité. D'ailleurs, j'évoquais la scène torride tout à l'heure et on ne peut faire plus cliché. D'abord, elle m'a paru gratuite (même si on tente de la justifier par la suite, je ne suis pas convaincue). Ensuite, et pardon pour mon langage, il faut arrêter avec ce mythe de la vierge bête de sexe. Pendant toute l'histoire, Edith est une gourde et il suffit de la déshabiller pour qu'elle devienne plus futée? Le troisième point qui nuit au film est le visuel absolument affreux, voire ridicule, des fantômes. Je ne le répéterai jamais assez, pour mettre un spectateur mal à l'aise, il faut suggérer le fantastique et pas le montrer. Le premier fantôme apparaît dès le début et il est tellement moche qu'il en devient drôle. 

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Je dois avouer que je suis un peu naïve. Quand j'entends Guillermo del Toro, je me laisse endormir à cause du Labyrinthe de Pan sans penser qu'on lui doit aussi Pacific Rim. Graphiquement, c'est un réalisateur qui ne déçoit pas et l'image de Crimson Peak est vraiment belle. L'univers est juste parfait, que ce soit par les décors ou les costumes. Seulement, le scenario est raté et bien trop prévisible. Et le casting est prestigieux mais ne fonctionne pas. Dommage parce qu'il y a de bonnes idées qui auraient mérité d'être davantage exploitées (la relation entre Thomas et Lucille, par exemple) et des personnages baclés qui auraient pu être bien plus travaillés (pauvre Alan...)