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L'histoire: Bathsheba Everdene est une jeune femme indépendante qui ne voit pas dans le mariage un moyen de s'accomplir en tant que femme. Pourtant, lorsqu'elle hérite de la ferme de son oncle, elle se rend vite compte que les enjeux du mariage sont bien plus importants qu'elle ne le pensait et elle devra faire le bon choix entre trois prétendants.

Ce qui étonne d’abord dans Loin de la foule déchaînée, c’est la modernité de l’histoire et des personnages. Contrairement à de nombreuses intrigues, la demande en mariage ouvre le film au lieu de le clore. La jeune fille célibataire, hantise de toute famille, le reste par volonté d’indépendance. Ne pas épouser Gabriel Oaks est un choix que Bathsheba Everdene revendique, ce qui fait d’elle une femme assez moderne. Et cette idée est renforcée par sa décision de diriger seule la grosse ferme dont elle hérite, quitte à contribuer à l’effort fourni par ses employés. A l’époque, ce n’était sans doute pas courant. Tout comme le regard bienveillant porté sur les erreurs qu’elle peut commettre envers ses différents prétendants. Dans un roman de Jane Austen, elle aurait été mise au ban de la société pour moins que ça. La forte personnalité de Bathsheba fait rapidement d’elle un personnage attachant, même si elle se ramollit un peu en cours de route et qu’elle devient presque mièvre sur la fin.

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Autour d’elle gravitent trois hommes, très différents les uns des autres, autant dans leur caractère que dans leur façon de l’aimer. Gabriel Oaks, le premier à l’avoir demandée en mariage, a dégringolé de l’échelle sociale en perdant tous ses biens. Malgré sa pauvreté, il entend bien rester digne et loyal envers celle qui est désormais sa patronne. C’est un taiseux mais il n’hésite pas à se montrer honnête, et tant pis si B n’a pas envie de l’entendre. Son amour pour elle est silencieux mais profond. C’est tout à fait le type de personnages que j’adore, celui qui est trop peu souvent apprécié à sa juste mesure. Mr Boldwood m’a beaucoup fait penser au colonel Brandon de Raison et sentiments. Ce cœur endurci bien plus âgé que la miss Everdene succombe à son charme naturel, mais il a la passion digne. Du moins, au début mais son évolution psychologique est à peine effleurée par la suite. Le sergent Frank Troy est le plus jeune et le plus charmant des trois. Sa fougue et son uniforme ne laissent pas Bathsheba de marbre et elle ne peut résister à sa passion flamboyante mais fugace. D'une certaine manière, tous trois correspondent à un pan de la personnalité de Bathsheba. Reste à savoir laquelle/lequel va l'emporter...

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Malgré un léger manque d’alchimie entre certains acteurs, le casting fonctionne assez bien. Après m’avoir déçue à plusieurs reprises, j’ai retrouvé la Carey Mulligan que j’appréciais. Il lui manque encore une petite étincelle mais elle reste assez convaincante. Dommage que ses interactions avec le reste du casting ne fonctionnent pas toujours. Quand Bathsheba hésite à se marier avec Boldwood, on n’y croit pas un seul instant parce que le couple d’acteurs ne fait pas rêver. Malgré tout, je reste plus sensible au charme de Matthias Schoenaerts que j’ai trouvé vraiment très bon dans le rôle de Gabriel. L’acteur belge est capable d’exprimer la peine ou la déception d’un simple regard. J’ai regretté de ne pas voir davantage Michael Sheen, lui aussi excellent mais dont le personnage n’est pas assez mis en avant pour expliquer le geste qu’il commet en fin de film. Quant au dernier, Tom Sturridge, je me suis plutôt focalisée sur sa moustache parce que ce genre capillarité faciale me perturbe toujours.

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Si j’avais un bémol à émettre, il concernerait les costumes. Je ne les ai pas trouvés particulièrement recherchés, surtout les robes de Carey Mulligan, souvent monochromes et simplettes. D’ailleurs, la costumière chargée des chapeaux devait l’avoir dans le pif parce que chaque fois qu’elle a un couvre-chef posé sur la tête, elle se retrouve avec une mine affreuse. Pour le reste, je vais encore dire que j’adore les paysages verdoyants que l’on trouve dans le sud-ouest de l’Angleterre (encore plus depuis que j’y suis allée !). Le film leur fait la part belle puisque la majorité de l’histoire se déroule à l’extérieur, même si l’esthétisme n’est pas aussi poussé que dans les adaptations de Joe Wright, par exemple. Du reste, la réalisation est très classique et il n'y a aucune originalité dans la construction du film et de l'histoire. Autre élément intéressant et agréable, l’intégration de plusieurs ballades chantées par les personnages. J’ai particulièrement apprécié le superbe duo entre Bathsheba et Mr Boldwood et la chanson paillarde du mariage.

Comme pour Orgueil et Préjugés, j’ai terminé le film en ayant l’envie de lire le livre de Thomas Hardy, afin de découvrir tout ce qui a été suggéré mais n’a pas pu être abordé. En regardant le film, impossible de ne pas sentir que certaines relations entre les personnages ont été sacrifiées pour en privilégier d’autres (je pense toujours à ce pauvre Boldwood) et malgré ses nombreuses qualités, l’adaptation de Loin de la foule déchaînée, par certains plans, choix de lumière,… se rapproche parfois dangereusement de la bleuette. Mais globalement, j'ai beaucoup apprécié et ma curiosité a été piquée... Un crochet par une librairie va devoir s'imposer!