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L'histoire: Durant l'été 1984, les mineurs anglais se mettent en grève pour s'opposer à Margaret Thatcher. Lors d'une gay pride, Mark Ashton - un activiste homosexuel - décide de lever des fonds pour aider les mineurs en grève et leur famille. Malheureusement, l'idée d'être aidée par un groupe lesbien et gay ne fait pas l'unanimité auprès des syndicats. Mark ne se décourage pas et cible un village du Pays de Galles. Accompagné de ses amis, dont Joe, il s'embarque dans un minibus orange pour rencontrer les ouvriers pour lesquels il se bat.

Enfin un film frais, intelligent, drôle et coloré! Comme quoi, on peut traiter un sujet important sans prendre la tête et sans en diminuer la gravité. Par exemple, l'apparition du Sida est évoquée à travers une ou deux scènes, tout en délicatesse et sans lourdeur. Parce que c'est la réalité de l'époque mais Matthew Warcus n'a pas voulu en faire un sujet pesant.

Dans la lignée de The Full Monty ou Billy Elliot, Pride est une comédie sociale parfaitement exécutée dans laquelle deux mondes totalement opposés se rencontrent. Cette rencontre se fait sous les yeux de Joe, qui sert de lien au film. Il fait la connaissance de Mark Ashton lors de sa première gay pride et se trouve embarqué par le charisme du jeune homme. Très vite, il s'attache (et nous aussi) aux différents membres du groupe d'activiste, notamment Steph, une lesbienne au look un peu punk. Le film fourmille de personnages et chacun a sa propre histoire pour justifier sa personnalité. Sans s'attarder trop longtemps sur l'un ou l'autre, des détails plus ou moins subtils permettent au spectateur de mieux les comprendre. Toutes les psychologies sont effleurées et même les personnalités des personnages tertiaires sont mises en relief. Par exemple, avec quelques mouvements de caméra, sans rien dire, il est facile de deviner qu'un des fils d'une odieuse homophobe balance une insulte du bout des lèvres pour ne pas contrarier sa mère alors qu'il est probablement gay. Il y a beaucoup de finesse dans la façon de traiter les relations entre les différents protagoniste. Beaucoup d'éléments sont suggérés et c'est au spectateur d'en déduire ce qu'il veut.

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Contrairement à The Grand Budapest Hotel où l'abondance de personnages nuisait à la cohérence et au rythme du film, la diversité des protagonistes de Pride est nécessaire. D'un côté, il y a les mineurs un peu rustres mais pas si obtus et surtout, les femmes galloises absolument hilarantes grâce à un humour piquant et irrésistible. De l'autre, il y a les activistes gays et lesbiens tout aussi drôles sans être stéréotypés. Je ne pourrai pas citer tout le casting qui est vraiment bien choisi. Il y a bien sûr Bill Nighy, plus sobre qu'à l'accoutumée mais tout aussi excellent, Dominic West qui nous offre une prestation intéressante et une danse disco inoubliable, Imelda Staunton et ses comparses galloises, George MacKay, Faye Marsay, Paddy Considine, etc. J'ai quand même un coup de coeur pour Ben Schnetzer, et son visage poupon, qui parvient à se rendre crédible en leader un brin égocentrique puis troublé mais sincèrement engagé dans la cause qu'il défend, le tout avec une banane sur la tête.

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Tout cela est agrémenté d'une musique made in 1980's absolument géniale - à noter l'apparition suggérée de Jimmy Sommerville pour un concert des Pits and Perverts - avec des incursions dans une musique galloise plus traditionnelle, notamment un chant a capella très touchant. Evidemment, l'humour so british est au rendez-vous. Malgré un sujet qui pourrait vite tomber dans le trash et le gras, les dialogues et les piques sont assez subtils. Les grossièretés, s'il y en a, sont amenées avec délicatesse et ne sont jamais déplacées.

Pride est un feel good movie, puisque c'est un terme à la mode, qui fonctionne comme une drogue. Pendant le visionnage et en sortant de la salle de cinéma, on plane. Et puis on retrouve la réalité, et la rechute est terrible! En deux petites heures, on s'attache énormément aux personnages qu'on a l'impression de connaître depuis longtemps, et c'est difficile de devoir les quitter après le générique de fin. Celui-là, je le veux dans ma DVDthèque!