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L'histoire: En octobre 1972, l'avion transportant l'équipe uruguayenne de rugby et leurs proches s'écrase dans la Cordillère des Andes. Les 27 survivants se retrouvent seuls au milieu des montagnes, avec pour seul abri contre le froid la carcasse de l'avion. Les quelques barres de chocolat glanées et rationnées ne leur permettent pas de tenir jusqu'à l'arrivée des secours ; secours qui abandonnent ensuite les recherches pour les sauver. Affamés et gelés, ils sont prêts à tout pour survivre.

Ce film est tiré d'une histoire vraie et maintenant je suis enfin au point sur cette nébuleuse histoire de sportifs qui se sont mangés pour survivre dans les montagnes. Allez savoir pourquoi, j'ai toujours cru qu'il s'agissait de basketteurs crashés en Russie (les mystères du cerveau humain, sans doute). D'un autre côté, c'est mon ignorance qui m'a poussée à regarder ce film et bien lui en a pris parce que c'est plutôt réussi.

L'histoire commence in medias res, alors que les joueurs s'amusent ou discutent dans l'avion. Cela permet de faire un rapide tour d'horizon et de donner un aperçu des relations entre les différents personnages. Puis vient le crash dans lequel la moitié de l'équipe disparaît. Je dois avouer que les effets spéciaux ont un peu vieilli depuis 1993 et que certaines images sont ridicules, mais le réalisateur ne s'est pas trop attardé sur l'accident, préférant traiter de manière plus approfondie les sentiments qui animent les survivants, notamment à travers les personnages de Nando, Antonio et Roberto, qui se détachent nettement des autres. Ils s'imposent vite en tant que leaders et organisent la survie de leurs compagnons. Certains sont blessés alors il faut les soigner avec les moyens du bord. Et puis les températures sont extrêmes, jusqu'à -40° la nuit. Ils se fabriquent donc des gants avec des chaussettes, des bottes avec des pulls et bricolent une radio. Contrairement à ce que l'on peut penser, la question de l'anthropophagie intervient assez tard dans le récit car il faut faire comprendre au spectateur que manger de la chair humaine devient absolument nécessaire : tout le monde les pense morts, ils n'ont plus rien à manger et certains commencent à mourir d'épuisement et de faim. S'ils veulent aller chercher du secours, ils doivent reprendre des forces, par tous les moyens. Le débat entre les différents personnages autour de la question du cannibalisme est très intéressant et tout est fait pour amener ce sujet délicat en douceur, pour montrer que les survivants ne sont pas des monstres. Au contraire, ils sont tellement conscients de leur fragilité qu'ils concluent un pacte selon lequel chaque membre du groupe permet aux autres de le manger s'il meurt.

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Etrangement, Les Survivants est presque dénué de pathos, comme si les sentiments des personnages étaient engourdis par le froid qui les entoure. Cela va paraître bizarre venant de moi, mais j'aurais préféré que les protagonistes soient moins stoïques face à la mort de leurs compagnons, surtout au début. A la fin, c'est plus "normal" puisqu'ils sont résignés à disparaître et ils se voient s'éteindre. L'autre bémol, c'est que les acteurs ont l'air en bonne santé à la fin des deux mois de survie. Ils ne sont pas très amaigris et les barbes de trois jours sont bien taillées. Ce n'est qu'un détail cela dit parce que dans l'ensemble, le casting se débrouille bien. Il y a bien quelques scènes d'engueulades surjouées mais c'est plus lié à l'époque qu'au manque de talent. A noter un Ethan Hawke tout jeunot qui montre toute l'étendue de son potentiel en donnant la réplique à un Josh Hamilton tout aussi prometteur.

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J'ai gardé le meilleur pour la fin : le décor. Les montagnes enneigées sont à la fois splendides et meurtrières. La réalisation a su mettre en valeur cet étrange personnage qui retient les personnages prisonniers. C'est un immense huis-clos à ciel ouvert dont l'atmosphère glacée refroidit le spectateur, même en pleine canicule. Le résultat est un film honorable qui a bien vieilli. Malgré sa diffusion en deuxième partie de soirée, je n'ai pas décroché une seule fois. C'est fascinant de voir ce que l'homme est capable de faire pour vivre.