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L’histoire : Matthieu Vasseur gagne sa vie en tant que déménageur mais rêve de devenir un écrivain connu et reconnu. Un jour, en vidant la maison d’un homme décédé, il trouve un journal intime sur la guerre d’Algérie. Il le fait publier sous son nom. Commence alors pour lui une vie de faux-semblants.

Je trépignais à l’idée de voir ce film parce que le sujet me parle beaucoup. La première partie sur la vie d’auteur amateur de Mathieu reflète tellement bien la réalité ! L’écriture est bien souvent une passion ingrate, ce que le film évoque à travers la solitude du personnage qui ne parle presque pas pendant les premières minutes, la lettre de refus type d’une grande maison d’édition, le job alimentaire… Matthieu est une sorte de loser qui veut échapper à sa triste vie. Alors quand il tombe sur le journal intime magnifiquement écrit d’un certain Léon, il saisit l’occasion de devenir quelqu’un d’autre. Exit le gamin à la vie pathétique, bonjour le génie de vingt-cinq ans adulé par la critique.

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Quand on le retrouve trois ans plus tard, il semble mener une vie idyllique. Sa fiancée est belle, intelligente, riche. Il passe ses vacances dans la magnifique propriété de ses beaux-parents dans le sud de la France. Tout le monde admire son talent et attend son prochain roman avec impatience. Mais quand on gratte un peu, le vernis du succès s’effrite. Matthieu vit sur une avance pour un roman qu’il n’écrit pas et l’angoisse de la page blanche le submerge de plus en plus. L’histoire de l’ascension du jeune homme se transforme en thriller psychologique quand son secret est sur le point d’être dévoilé. La dernière partie du film, sans être aussi haletante qu’elle le souhaiterait, entretient un profond sentiment de malaise tandis que Mathieu s’enfonce dans ses mensonges. Acculé, le jeune homme est prêt à tout pour maintenir les apparences. C’est à partir de ce moment que l’histoire perd un peu en cohérence ou en réalisme, mais on l’accepte dans le cinéma hollywoodien alors je ne vois pas pourquoi ce serait handicapant dans un film français.

Tout le film repose sur les frêles épaules de Pierre Niney et le jeune acteur se sort avec brio de son premier rôle dans un thriller. Que ce soit en tant que jeune paumé, écrivain prétentieux ou homme aux abois à l’humeur instable, il ne commet aucune fausse note. Le seul véritable souci serait son physique un peu trop juvénile, surtout quand il est supposé avoir presque trente ans. Mais ce n’est qu’un détail. Malgré tout, Un Homme idéal n’est pas parfait et quelques éléments m’ont paru trop superficiels, notamment les personnages qui entourent Mathieu. L’intrigue est tellement concentrée sur lui qu’elle caricature un peu les autres protagonistes, notamment Alice, sa fiancée, et Stanislas, le filleul des beaux-parents. L’intelligence de la première est évoquée à travers une conférence qu’elle donne, mais le reste du temps, elle bronze au bord de la piscine et se colle langoureusement à son chéri (mon Dieu, c’est tellement cliché de jouer ainsi l’hypersensualité). Quant au deuxième, il passe pour un crétin suspicieux doublé une fouine. Et puis les dernières minutes m’ont un peu déçue parce qu’elles montrent une information intéressante mais l’entourent d’une émotion malvenue destinée à faire pleurer un peu dans les chaumières.

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Mais restons sur une note positive, les thrillers français ne sont pas légions et celui-ci, même s’il manque d’originalité et est parfois maladroit, reste de très bonne facture. D’autant plus que l’ambiance est réussie grâce à une esthétique qui m’a rappelé celle du Talentueux Mr. Ripley (je n’ai pas de références plus pointues). Et puis, en tout cas au début, je me suis beaucoup retrouvée dans le personnage de Mathieu. Je n’approuve pas son geste mais je comprends pourquoi il a plagié un autre. Parfois, la création est une torture, surtout quand elle débouche sur rien. Enfin si, une lettre de refus impersonnelle.